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 Vive la bombe.

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saintpierremeister
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MessageSujet: Vive la bombe.   Ven 16 Mar - 4:27

Je vous invite à regarder le documentaire de « politique-fission » Vive la bombe qui sera diffusé ce soir 16 mars 2007 à 20 h 40 sur Arte.

Ce téléfilm décrit d’une façon romancée l’essai nucléaire raté du 1er mai 1962.



Ce grave accident nucléaire auquel j’ai assisté personnellement dans le cadre de mon service militaire de deux ans en Algérie est l’illustration parfaite des silences et des mensonges officiels du gouvernement de l’époque et des gouvernements successifs de gauche comme de droite malgré le fait que Gaston Palewski qui était ministre de la recherche scientifique et avait été sérieusement irradié au point zéro, soit mort d’une leucémie en 1984 après avoir publiquement attribué sa maladie à son exposition aux radiations.


La France avec une constance sidérante a toujours nié la réalité de ses erreurs et n’a jamais voulu en assumer les conséquences contrairement aux autres nations nucléaires comme les États unis, l’Australie et la Grande-Bretagne qui elles ont reconnu les victimes de leurs expérimentations atomiques.

Cet accident nucléaire vécu m’a ouvert les yeux sur la réalité du mensonge officiel qui est à mon avis un attribut consubstantiel du pouvoir quel qu’il soit et cette conviction n’a jamais été démentie par mon observation des mœurs politiques de mon pays durant les quarante sept années qui ont suivi cet accident nucléaire et ma forte exposition au mensonge officiel concomitante à ma faible irradiation.

saintpierremeister
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Lucius Junius Brutus
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Ven 16 Mar - 5:24

Citation :
la réalité du mensonge officiel qui est à mon avis un attribut consubstantiel du pouvoir quel qu’il soit et cette conviction n’a jamais été démentie par mon observation des mœurs politiques

Je suis bien d'accord. Je crois que c'est caractéristiques de tout état et même de tout régime de cacher les réalités qui pourraient remettre en cause leur intégrité.
Un état comme la France qui veut toujours se montrer comme le défenseur des libértés, de la paix et des droits de l'homme a bien du mal à reconnaitre ses fautes passées (ne parlons pas des présentes)
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Prométhée
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Ven 16 Mar - 12:25

Il reste que les meilleurs à cacher la réalité, à en croire ARendt, seraient les régimes totalitaires avec sa police cachée et son gouvernement caché (ainsi était exposé un faux gouvernement sans pouvoir, une sorte de gouvernement d'apparence avec derrière une sombre politique...).

Ce qui me révolte aussi, c'est l'arrogance de donner des leçons aux autres. Ainsi, la France se permet de critiquer la Turquie parce qu'elle ne reconnaît pas le massacre d'Arménie. Je ne dis pas que les Turques ont raison (loin de là!) mais la France donne des leçons alors qu'elle-même est impliquée dans d'horribles massacres (Algérie, Rwanda, Cambodge,...).

Il est temps d'assumer notre passé. Où est donc le problème? Moi, je suis pour.
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saintpierremeister
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Ven 16 Mar - 15:49

Je suis resté sur ma faim devant la reconstitution de l’accident nucléaire du 1er mai 1962 car le téléfilm qui présentait beaucoup trop d’erreurs factuelles n’insistait pratiquement pas sur le sort des PLO, les Populations Laborieuses des Oasis qui dans l’affolement ont été laissées sur place.

Concernant les erreurs factuelles principales (il y en avait beaucoup mais glissons) :
- In-Eker, la montagne dans laquelle avaient lieu les tirs souterrains est situé à 45 km au nord du site de la base vie et de la piste d’atterrissage. Les deux sites étaient reliés par une route goudronnée, pas par une piste comme le montre le film.
- La Base Vie d’In-Amguel, peuplée d’environ 3000 personnes des trois armes, Terre, Mer et Air est très mal reconstituée car visiblement inspirée du site de Reggan où avaient lieu les essais aériens.
On y voit d’ailleurs l’indication CSEM, Centre Saharien d’Expérimentation Militaire de Reggan alors que le centre d’essais souterrains était le CEMO, Centre d’Expérimentation Militaire des Oasis.
- La panique consécutive à l’explosion n’est pas bien rendue car il faut comprendre que tous ceux qui se trouvaient au point-zéro devaient s’enfuir vers le Sud en parcourant 45 km au travers du nuage radioactif rabattu au sol par le fort vent du Nord qui aurait dû normalement faire ajourner l’explosion.

- En arrivant à la base vie (où j’étais) les fuyards paniqués devaient encore la traverser avec leurs véhicules contaminés pour rejoindre le centre de décontamination situé à l’autre extrémité par rapport à la route d’accès (génial n’est-ce pas).

Concernant les oublis fâcheux :
Les PLO ont été « oubliés », tout comme les soldats montrés dans le film et sont donc restés sur place dans leur village de toile jusqu’à ce que le lendemain les militaires débarquent « déguisés en martiens » avec les tenues protectrices et les masques à gaz afin de les emmener de force à la douche de décontamination.

Essayez d’imaginer la scène avec des hommes et des femmes paniqués croyant qu’on vient pour les exécuter et s’enfuyant à toutes jambes dans le désert avec des jeeps à leur trousses et puis, une fois capturés, ces musulmans très pudiques ne se douchant jamais, ce n’est pas l’usage dans le désert, déshabillés de force et passant à la douche jusqu’à ce que l’eau de ruissellement ne coule plus du bleu de la teinture de leurs vêtements imprégnant leur peau.

Aucun suivi médical bien sûr et on peut imaginer que leur petit Hiroshima à eux comptait pour des prunes par rapport à la grandeur de la France, puissance atomique et membre du club des cinq

saintpierremeister.
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R. Giskard Reventlov
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Ven 16 Mar - 17:32

saintpierremeister a écrit:
Ce grave accident nucléaire auquel j’ai assisté personnellement dans le cadre de mon service militaire de deux ans en Algérie ...

J'ai raté ce sujet dans le forum, mais j'ai regardé le film en pensant à toi, car tu m'avais déjà dis que tu avais participé à des essais nucléaires en Algérie.

Moi aussi je suis resté sur ma faim. J'essayais d'imaginer quel personne tu aurais pu être, mais l'histoire était trop centrée sur une poignée de personnage. Il faudrait que tu nous racontes les choses un peu plus dans la peau du soldat que tu étais alors.
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Lucius Junius Brutus
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Ven 16 Mar - 17:59

Oui moi aussi ça m'intéresse. Si ça ne te dérange pas d'en parler.
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Prométhée
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Sam 17 Mar - 5:10

Pareillement...
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R. Giskard Reventlov
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Sam 17 Mar - 6:53

Pierre, c'est un plébiscite. Soldat, aux ordres !!
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saintpierremeister
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Dim 18 Mar - 4:02

Copie d'une de mes réponses sur un forum de vétérans des essais nucléaires français.

Question posée par un vétéran de Mururoa :
Citation :
Messieurs les sahariens à vos plumes, et dites moi si vous avez reconnu
- les lieux
- le laissé aller dans la caserne, la nonchalance
- les rapports dans la troupe
- les rapports avec les officiers
- la vie d'une patrouille dans le désert
- Y'avait-il des bédouins dans le secteur (comme dans le film)
- et les femmes?

J'étais sur place le 1er mai 1962 et j'ai été très déçu par ce téléfilm qui comportait de trop nombreuses erreurs factuelles.
Pour répondre à toutes ces questions :
Les lieux n'ont rien à voir avec la réalité, on nous a présenté l'entrée d'une caserne avec un portail CSEM, c'est-à-dire Reggane alors que la base vie, le CEMO, Centre d'Expérimentation Militaire des Oasis était sans aucune clôture et les bâtiments n'avaient rien à voir.
Bâtiments Ethernit pour l'Armée de l'Air, Sarade et Galetier pour l'Armée de Terre et un autre type de bâtiment pour la Marine et la gendarmerie saharienne.
(Eh, oui, les premiers militaires que j'y ai vu en sortant du Nord Atlas étaient des Marins).

Pas de vie de caserne du tout donc, des bâtiments très espacés comme sur un campus et la décontraction était un état naturel.

Le poste de gendarmerie qu'on voit à l'entrée de la caserne était en réalité situé à hauteur du centre d'emission inter-arme à mi-chemin entre la base aérienne et la base vie d'In-Amguel.

La route reliant In-Amguel à In-Eker n'était pas une piste comme on le voit dans le téléfilm mais une vraie route goudronnée.

Concernant les rapports avec les officiers, pour les autres armes je ne sais pas, mais pour nous autres gonfleurs d'hélices, s'était des rapports beaucoup plus professionnels que militaires, un peu comme des ingénieurs en entreprise.

L'histoire racontée du groupe de soldats laissés sur place est véridique, et j'ai vu les gars embarquer pour Alger, j'étais de service à la tour de contrôle.

La panique des officiels n'est pas bien rendue, et le général commandant la cinquième région aérienne, Alger, a été oublié dans la distribution, il aurait été bon de le montrer s'échappant au volant de sa 404 en laissant son chauffeur sur place car il ne courait pas assez vite.

La fuite éperdue entre le point zéro In-Eker et la base vie représentait quand même environ 45 km de route à parcourir en traversant le nuage radioactif qui était rabattu vers le sud on ne voit rien de tout ça et pourtant la panique était indescriptible.

L'histoire des bédouins avec la patrouille est une invention du réalisateur, s'ils avaient existé notre coiffeur qui savait tout nous l'aurait raconté lol!

Nous voyions bien des caravanes passer mais je n'ai jamais vu d'armes, ils venaient nous voir pour faire réparer leurs transistors qui ne marchaient que la nuit (en réalité, les bleus qui arrivaient du nord leur revendaient leurs transistors Grandes Ondes dont les fréquences ne passaient pas la journée!)

Pas de femmes sur la base, il fallait faire le voyage jusqu'à Tamanrasset pour accéder à la moindre présence féminine.

Il est exact qu'il y'a eu des femmes présentes lors des essais, elles étaient sévèrement gardées avec maîtres chiens et projecteurs la nuit (3000 mâles en rut c'est pire que des tigres).


Citation :
Je te suis assez volontiers. Pour l'autorité militaire, l'expérience du Sahara leur a permis de changer radicalement de comportement vis à vis de la troupe. Il leur fallait à tout prix dédramatiser les essais et pour cela installer les personnel dans une ambiance conviviale, voir clubméditerrannéenne. Il n' en reste pas moins que les risques de radiation et de contamination étaient les même. Et de mon point de vue supérieures vu le nombre de tirs aériens

Ma réponse J'aime bien l'image du club méditerranée, les G.O. avaient des galons, la plage était superbe, le soleil toujours là mais la mer fort loin....

Pour vous donner à voir ce que le téléfilm ne montrait pas, ces quelques images :
Tout d'abord, une vue Google de la montagne d'In-Eker, 1990 m d'altitude, aujourd'hui.
Le désert a repris ses droits :


Deuxième vue ci-dessous pour montrer In-eker en 1961 depuis un sommet proche de la base vie du CEMO :


Troisième vue montrant le site d'In-Amguel, la base vie, vu par Google aujourd'hui.
Toute trace de la base vie a disparu mais la piste de 3000 m qui permettait aux Bréguets deux ponts Papa Golf et Papa Hôtel de décoller à pleine charge est toujours visible.

Sur la droite de la piste et au fond du paysage, un œil exercé reconnait le fameux pic rocheux que nous appelions affectueusement la "bitte à Camille".
Ce "monument phallique" servait de repère visuels aux avions cherchant la piste quand la balise radio-goniométrique de guidage était en panne, ce qui arrivait régulièrement à chaque tempête de sable...



Quatrième vue, la base vie, Club Med, vue d'un sommet proche, au fond de l'image on voit la bitte à Camille :



Et enfin une dernière vue de la base vie qui ne ressemblait en rien à la caserne montrée dans le téléfilm.
En blanc, les bâtiments de l'Armée de l'Air, en tôle ceux des biffins...:fusil:



La balise, située près de la piste était sous bonne garde du vétéran "saintpierremeister" le 2 mai 1962, soit le lendemain de l'accident Béryl.



Pas de tenue de protection, ni de masque, même pas le chapeau règlementaire à portée de main, circulez il n'y a rien à voir on vous dit, de toutes façon, à 45 km du lieu de l'explosion vous ne risquiez rien les gars.

Comme le risque était officiellement nul à la base vie nous n'avons pas été contrôlés du tout ce qui éliminait tout risque de mourir de trouille.

C'est vous dire si braves et fiers nous n'avions pas vraiment l'impression de courir un risque quelconque affraid

saintpierremeister
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Lun 19 Mar - 6:01

Très intéressant, merci pour ses précisions égaillées par une documentation photographique.

Simplement sidéré du '45 km, rien à craindre'... Comment l'Etat peut-il se permettre de faire prendre ce genre de risque à des hommes... Mais il reconnaîtra ses torts, cet Etat, dans 50 ans...
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saintpierremeister
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Lun 19 Mar - 10:35

Eh les gars, faut pas me prendre pour une victime, j'étais "gonfleur d'hélice" et ma spécialité c'était l'entretien et la maintenance des matériels d'émission et de réception (tour de contrôle, centre émission, balise radio-goniométrique etc.) du boulot de technicien bien loin de ceux qui prenaient des risques à main nues au point zéro.

Pour faire frémir dans les chaumières je vais vous citer en plusieurs messages les extraits de presse les plus édifiants que j'ai collectés et que je gardais sous mon coude de vétéran.

Normalement la stupeur et la colère devrait vous prendre au fur et à mesure de vos lectures.

Cramponnez vous pour l'extrait numéro 1 :

Extrait de la Gazette Nucléaire n°67/68, sept.-oct. 1985.

Citation :
IN-AMGUEL 1er mai 1962

Le 1er mai 1962, il faisait un temps admirable à In-Amguel. Mais il fait généralement beau dans ce coin perdu du Hoggar, près du Bordj In EKER à environ 150 km au nord de TAMANRASSET, et les levers de soleil sur le Hoggar sont inoubliables.

Donc ce jour, il y avait beaucoup de monde au poste de commandement de tir, tout plein d'officiels dont MESSMER le Ministre des Armées de l'époque, PALEWSKI, des tas de généraux et d'officiers supérieurs.
Les jeeps, 4 x 4 et autres 6 x 6, avaient amené de pleins chargements de barrettes et de galons.
La gendarmerie avait assuré le ravitaillement en bière car il fera chaud vers 10 ou 11 heures.

Personne n'avait voulu rater le spectacle car le premier tir qui avait eu lieu peu avant avait permis de jouir d'un spectacle surprenant : au moment de l'explosion - j'allais oublier de vous dire qu'il s'agit du site d'expérimentation nucléaire du Sahara, site distinct de celui de REGGAN où furent effectués les premiers essais aériens - la montagne se secoue de sa poussière et les roches apparaissent avec leurs couleurs naturelles.

La météo avait bien donné un avis défavorable mais «on» était passé outre, avec de nombreuses raisons: le 1er tir avait été parfaitement confiné et de plus toutes les huiles étaient présentes... alors...

Vers 11 h du matin: feu. Tout d'abord une secousse, la montagne tressaute - le pauvre TAOURIRT TAN AFELLA n'avait pourtant rien demandé à personne - et puis, que voit-on, un inquiétant nuage noir qui sort.
Mais ce n'était pas prévu - panique à bord - on ferme les fenêtres du poste de commandement, pour cela il faut débrancher voire couper tous les câbles qui passent par là.
Et puis les équipement ne sont pas complets: il y a ceux qui ont la combinaison mais pas le masque, ceux qui ont le masque mais pas les cartouches filtrantes...

Alors ce fut la débâcle, le retour à la course vers les parkings, à qui arriverait le premier à un véhicule pour se sauver, sans attendre que les autres passagers du voyage aller ne soient arrivés. Pour les bidasses qui étaient trop jeunes pour avoir connu 1940, cela leur a permis de comprendre comment certains étaient arrivés les premiers à Bordeaux !!
À l'entrée de la base-vie d'In Amguel, cordon sanitaire, décontamination, douche avec décapage au savon dermacide - au teepool pour les bidasses, Messmer à poil, donc non identifiable (!!) réclamant énergiquement un pantalon et se faisant rabrouer par un gus du service de santé qui n'avait pas reconnu son ministre...
Le grand cirque !!
Ouf, plus de peur que de mal. Après un bon gueuleton au mess, tout ce beau monde rentre sur Paris et c'est fini.

Fini pour qui ?

Était-ce fini pour tous ceux qui sont restés jusqu'à la fin de l'évacuation du point zéro, car il y a quand même eu quelques militaires de carrière qui sont restés pour assurer l'évacuation de leurs hommes.
Comme les films dosimètres, y compris de ceux qui étaient partis les premiers, étaient saturés à 20 Rad, on ne peut que supposer qu'ils ont pris un minimum de 20 Rad.

Était-ce fini pour les patrouilles qui bouclaient le périmètre ?

Pour eux ce fut plus dur. Ils étaient sans liaison radio, en poste au pied de la montagne, largués en pleine nature sous le soleil du Sahara et sous le nuage radioactif.
Vous en avez vu et entendu deux témoigner à l'émission de Polak le 7 septembre. Eh oui, quand un bidasse français s'ennuie et ne sait quoi faire, comment s'occupe-t-il ? Il mange !
Certaines patrouilles ont cherché à rejoindre la route par laquelle ils étaient venus et pour cela, ils remontèrent le nuage.
Les plus prudents portaient leur masque ce qui les sauva sûrement. Certains furent suffisamment contaminés par du sable s'infiltrant dans les vêtements et se collant à la ceinture pour qu'ils aient l'apparition de taches de rousseur - ce qui correspond, localement, à plusieurs centaines de Rad -.
Combien étaient-ils au total, combien de patrouilles ?
Les plus touchés furent évacués le soir même sur Alger, les autres furent rapatriés huit jours plus tard et mis en observation à l'hôpital PERCY où la Maréchal Leclerc vint gentiment leur tenir la patte.

Mais était-ce fini pour les trouffions du génie, pour ceux du 621e GAS (Groupe d'Armes Spéciales)... qui durent travailler ensuite sur le site pour dégager l'accès de la galerie.
Et ces gars qui conduisaient en plein soleil les balayeuses pour enlever les débris de lave sur la route d'accès à la galerie...

Et encore, nous ne comptons pas les gens de la D.A.M. (Direction des Applications Militaires du CEA), maîtres d'oeuvre de la manip et qui ont pris aussi leur ration.
Pour eux la situation est relativement plus claire, en ce sens qu'ils sont suivis médicalement par le CEA et que, grâce aux sections syndicales, ils pourront de leur vivant ou postmortem essayer de se faire reconnaître en accident du travail et ainsi essayer de permettre à leur veuve de toucher une pension - essayer car même là c'est dur à obtenir.
Mais pour les trouffions du contingent, qu'en est-il ?
Rien. Les dossiers médicaux militaires, lorsqu'ils existent, sont confidentiels, secrets, qui sait, "confidentiel défense", combien de ces militaires n'ont même pas subi une hémato (numérotation globulaire) ni après l'accident, ni au moment de leur visite de démobilisation.

Il faut bien dire que l'armée est d'une discrétion extrême. Les missions de prélèvement pour surveillance qui se faisaient par la suite à TAMANRASSET, à Fort POLIGNAC et jusqu'à DJANET (oui jusqu'à la pointe de la frontière lybienne, à environ 450 km de là) n'ont jamais porté que sur l'eau de la fontaine, sur des feuilles de caliotropis (que nos galonnés appelaient «l'arbre à couilles») ou des branches de tamaris, mais jamais sur les bidasses des garnisons - il ne fallait sûrement pas les inquiéter - et encore moins sur les PLO, prononcez «pelos», sigle bien de chez nous pour désigner les Populations Locales des Oasis (à Reggan c'était les PLBT: population locales du Bas Tohat).

Pourtant ces PLO représentaient un groupe à risque puisqu'ils servaient pour toutes les basses besognes sur la base, pour les travaux de terrassement ... comme les polynésiens aujourd'hui. [texte de 1985]

[...] Tiens, une dernière question, le TAN AFELLA est-il au programme des randonnées sahariennes de quelque agence de voyage ? Cela mettrait du piment pour les amateurs d'émotions fortes, car cela doit encore crachoter dans le secteur...

saintpierremeister
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Lun 19 Mar - 10:38

Ça commence à chauffer ? Vous êtes parés pour le deuxième témoignage ?
Attention, celui-là il est particulièrement saignant à lire.
C'est parti pour l'extrait 2 de mes archives :
Citation :
NouvelObs, 20 octobre 2005 : Irradié pour la France

Lulu avait 20 ans quand on l'envoya creuser dans le désert algérien, où la France réalisait ses premiers essais nucléaires.
Aujourd'hui, il se bat contre le cancer et le silence de l'armée
Il prévient, on lui a enlevé l'oeil gauche.
Saleté de cancer. Derrière le pansement, il n'y a plus rien, mais vraiment rien.
Un gros trou noir par lequel on peut voir le fond de la gorge, et même, si on regarde bien, les petits mouvements de la glotte.
On le croit sur parole, mais ça ne lui suffit pas. Lucien P. tire d'un petit coup sec sur le sparadrap.
La chair en vrac, et le trou noir, abominable... Il continue, détaille, de l'index, la mâchoire mutilée, le nez grignoté, les joues rafistolées avec la peau des fesses.
29 opérations sous anesthésie générale, 6 700 points sur le visage, et cette souffrance exhibée comme un trophée de guerre.
Lucien P. est presque mort dans un combat qui, officiellement, n'a jamais fait de victimes.
Petit soldat irradié, comme tant d'autres, pour la grandeur et l'indépendance de la France. Pendant quarante ans, personne n'a voulu le croire.
Vendredi 21 octobre, Lucien le miraculé ira, enfin, avec quatre anciens des essais de Reggan et de Polynésie, raconter au juge sa version de l'Histoire.
Il avait 20 ans, un corps d'athlète et de bonnes joues d'enfant : prêt à servir la patrie.
Début des années 1960, les cercueils revenaient d'Algérie, on priait pour ne pas faire partie du prochain convoi. Lulu se sentait verni. Au départ de Marseille, il remerciait la bonne étoile qui l'avait affecté au 11e régiment du génie saharien.
Au chaud, tout au sud de l'Algérie, dans le Hoggar, loin du FLN et des combats. Le jeune maçon ne savait pas trop ce qu'il allait y faire, jusqu'à son arrivée sur un campement planté en plein désert, au pied d'une montagne rose.
Les panneaux indiquaient : « In-Eker. Centre d'expérimentation nucléaire ». Nucléaire, ça lui disait vaguement « quelque chose de dangereux ». Des noms, Hiroshima, Nagasaki, perdus dans le passé, « c'était loin tout ça, complètement irréel ».
Les gradés ne s'étendaient guère : une première explosion avait eu lieu au sud de Reggan, le 13 février 1960, depuis la France continuait les essais...
Voilà, « il n'y avait aucun danger, tout était sous contrôle ».
La gueule de brute du lieutenant, un ancien d'Indochine, ne l'incitait pas à en demander plus.
Sur le site, ils étaient des centaines, ouvriers algériens, maliens, nigériens, jeunes appelés, comme Jean, le menuisier de Toulouse, Dédé, le peintre de Rodez, Noël, le Savoyard, et Roland, qui parlait toujours de ses champs.
Le boulot consistait à creuser dans la roche une galerie en colimaçon, à y couler du béton pour poser des rails permettant d'acheminer la bombe au coeur de la montagne.

Dix heures de travail, jour et nuit, repos au camp, à fumer des clopes et jouer aux boules avec les copains. Le soir, avant d'aller s'étendre sous la guitoune, Lulu écrivait à sa mère que, dans ce pays-là, il y avait des vipères et des caméléons, qu'il faisait chaud, souvent plus de 50°C, et faim, mais que tout allait bien.
Il aurait bien voulu lui raconter les centaines de sacs de sable qu'il charriait depuis quelque temps dans la galerie, des montagnes de sable empilées derrière de larges portes blindées pour amortir le choc le jour J...
La bombe devait péter le 1er mai 1962, mais on ne pouvait pas l'écrire. A In-Eker, c'était la vie secret-défense : Lulu, Jean, Dédé et Noël en étaient si fiers.

Quelques heures avant l'explosion, ils posaient en combinaison avec leur masque à gaz.
On les voit sur une photo en noir et blanc, des mômes, tout excités par leur nouveau déguisement.
Les « beaux uniformes » étaient là, le ministre de la Recherche, Gaston Palewski, celui de la Défense, Pierre Messmer.

Le tir Béryl est parti à 11 heures. Une grosse explosion, puis d'autres en cascade, probablement les portes blindées qui lâchaient. La terre tremblait si fort que les 4x4 décollaient.
La montagne s'est ouverte, a craché des pierres, de la lave et un immense champignon noir.
Lulu se souvient des hurlements, des moteurs affolés. Il a attrapé un camion en marche, agrippé des mains tendues au bord de la route.
La fumée vénéneuse dansait au-dessus de leurs têtes, avant de s'éloigner vers le Niger.
Les beaux uniformes ont regagné Paris, eux ont atterri au camp de repli, dans un hangar immense.
C'était la lutte pour prendre la douche et passer au compteur Geiger. On leur distribuait de nouveaux treillis, du ragoût de pomme de terre et des cigarettes.
À l'abri, jusqu'à nouvel ordre.
Le 6 mai, Lulu recevait l'ordre de retourner à In-Eker, chercher du matériel.
Le nuage avait craché des milliards de particules invisibles, la contamination était probablement à son maximum...
Le jeune appelé a enfilé ses gants et son masque à gaz - un calvaire dans cette fournaise - pour exécuter sa mission.
Quelques jours plus tard, il revenait, avec tout le régiment, s'installer au camp, à 2 kilomètres à peine du point zéro.
Les guitounes, les gamelles, les vêtements... tout était recouvert d'une fine couche de sable et de poussière radioactive. Les enfants du 11e régiment ont nettoyé et ont repris la vie d'avant.
Les pioches et les marteaux piqueurs à l'attaque d'une troisième galerie pour un troisième tir... Lulu ne l'a jamais terminée.
Il a été libéré en juillet 1962. L'armée aurait bien voulu le garder, comme salarié cette fois, nourri, blanchi, payé seize fois plus qu'avant...
Avec ça, il aurait pu s'acheter la DS de ses rêves, mais la France lui manquait.
Dès son retour, il va consulter le médecin.
Ses globules blancs sont en chute libre. Un an plus tard apparaissent des boutons sur l'aile du nez, puis les joues, le cou, le thorax, des petites tumeurs qui pullulent sans cesse. « Monsieur, il va falloir prévoir vos arrières... », s'inquiètent les médecins.
Il arrête la maçonnerie, ouvre avec son épouse une épicerie et tente une première demande d'indemnisation devant le tribunal des pensions militaires.
Pour lui, c'est clair : « J'ai été contaminé le 6 mai. » Pour l'armée, ses cancers ne sont pas liés au service mais à l'hérédité.
Des experts se penchent sur la famille, les frères et sœurs en bonne santé, le père, mort d'une insuffisance rénale, la mère qui à 80 ans grimpe encore dans le cerisier.
Nouvel échec. Cette fois on lui dit qu'il rêve : son nom ne figure pas dans la liste du personnel présent à In-Eker... Lucien a tous les souvenirs, comme si c'était hier, le silence du désert, les platées de pâtes, la sueur, les cachets de sel et ces dizaines de photos prises malgré l'interdiction des autorités.
Puisqu'on ne le croit pas, il va retrouver les copains. Noël habite toujours Saint-Jean-de-Maurienne. Il va bien, comme Dédé, le peintre, mais Fernand, le Périgourdin, a un sarcome, et Jean-Baptiste, rongé, à 53 ans, par un cancer des os, va bientôt mourir.
Dans l'annuaire, Lucien retrouve aussi Pierre Louis, qui les conduisait chaque jour creuser la montagne. On l'appelait le Corse. Coup de fil, un soir : « Salut Louis, c'est Lulu, tu te souviens ? »
Et comment ! lui aussi est malade, il a une leucémie.
Les médecins du ministère de la Défense ont beau dire qu'ils fantasment, quatre copains sur six dans un sale état... Pierre Louis aussi est retourné à In-Eker, le lendemain de l'explosion, pour récupérer les sacoches des généraux, oubliées dans la panique.
Lucien fait le plein de souvenirs, et d'attestations.
Des piles de dossiers, comptes-rendus médicaux, courriers de l'armée, photos sur lesquelles il gribouille de sa belle écriture « décor lunaire pour cobaye », « camp de la mort ».
En 1981, il reprend courage, « la gauche me semblait plus généreuse », écrit, avec l'aide de son généraliste aux politiques, sénateurs, députés, ministres, aux journalistes.
Michel Polac l'invite à « Droit de réponse » avant d'annuler : « Désolé, Quilès censure le dossier. » Les cancers rongent, il résiste.
Lulu sent qu'un jour le vent tournera.
Un soir, aux nouvelles, il apprend la création d'une Association des Vétérans des Essais nucléaires (AVEN). Une seconde famille, enfin, avec laquelle partager sa douleur et sa hargne.
Maintenant, grâce à elle, il a pour sa défense le meilleur, Me Teissonnière, l'avocat victorieux de l'amiante.
Il ne sait pas trop ce qu'il attend du procès, « des sous », dit sa femme. Lulu soupire, décolle une fois encore son effroyable pansement : « Qu'ils avouent simplement qu'on a enduré tout ça pour la France. »

Chaque fois que je relis ça j'ai envie de mettre au poteau deux ou trois responsables politiques.
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Lun 19 Mar - 10:42

Toujours là, bon voici l'extrait 3 qui en rajoute une couche :
Citation :
L'Express, 29/9/2005: Les irradiés de la République.

Le jeune Muller - 19 ans - assiste, le 1er mai 1962, au deuxième essai nucléaire. Nom de code : Béryl. Avec les ingénieurs, les officiers et les sous-officiers, il se trouve à 2 kilomètres de l'orifice du tunnel qui conduit à la bombe.
Autant dire qu'il est aux premières loges.
À 11 heures ce 1er mai, l'ordre de tir est donné. La montagne blanchit. Le sol ondule.
Le nuage, immense flamme rouge et noire, sort de la montagne. La suite, selon Muller, la voici : « Tout à coup, c'est la panique. Nous réalisons que ce que nous voyons est anormal. Le nuage nucléaire est sorti de la montagne.
Tout le monde court, se précipite vers la base-vie, sauf peut-être les appelés qui attendent les ordres.
Le nuage prend la direction de la base-vie. »
C'est la débandade. Les 4 x 4 sont abandonnés. Ensevelis dans le sable.
Arrivés à la base-vie, les militaires sont contrôlés avec le compteur Geiger pour déterminer leur taux éventuel de radioactivité. Mais on ne leur communique aucun résultat.
On leur ordonne seulement de prendre une douche. Une douche qui dure quatre heures !

Le lendemain, deux avions sanitaires Nord Atlas arrivent de Paris. Visiblement, au cours de ce 1er mai 1962, il s'est passé des choses graves. Les membres des équipages laissent entendre qu'il y a eu des morts.

Michel Dessoubrais est lui aussi présent à In Amguel ce 1er mai 1962. Visiblement mal en point, il reste sept jours à l'infirmerie.
Puis c'est le rapatriement sanitaire. Huit mois à l'hôpital Percy de Clamart, près de Paris. Huit mois pendant lesquels on lui fait deux ou trois prises de sang par jour.
Où l'on met à sa disposition un sac en plastique pour cracher.

A Percy, Dessoubrais tombe sur un jeune appelé qui lui raconte ses malheurs. Visage amoché, points de suture dans la bouche, il arrive de Reggae. Il a été sérieusement blessé par une cuve contenant des produits radioactifs. Il est mort il y a peu.
Quant à Dessoubrais, qui n'a jamais reçu le moindre compte rendu médical lors de son séjour à Percy, sa santé est précaire. Depuis l'âge de 26 ou 27 ans, il souffre de sifflements d'oreille et de phlegmons à répétition.

Je vous rappelle qu'il s'agit de vrais articles de presse mais qui n'ont trouvés aucun écho à la radio, à la télé ou chez les politiques de gauche comme de droite car TOUT LE MONDE S'EN FOUT.
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Lun 19 Mar - 10:53

Ce quatrième article est plus savant et bien plus faux cul car il émane d'Yves Rocard considéré comme le père de la bombe atomique française. Il s'agit d'extraits de son bouquin "MÉMOIRES sans concessions" paru chez Grasset en 1988.
Les commentaires en [rouge] ne sont pas de l'auteur comme vous pouvez vous en douter mais sont tirés d'Infonucléaire.

Citation :
À propos de Béryl

Lors de nos tirs souterrains, il se produisit un incident nucléaire, à ma connaissance le seul [problème de mémoire ?] motivant l'intervention des services de sécurité et ayant exposé des sujets à des radiations nucléaires - sans qu'il en ait résulté aucun dommage [juste quelques morts et des malades...].
D'une part, c'est la preuve que nos expériences ont toujours été conduites avec la plus extrême prudence; d'autre part, si on relate les péripéties de cet incident, on constate que les risques courus n'étaient pas négligeables, et que la lourdeur et la rigidité de l'organisation auraient pu les aggraver considérablement. Pour la petite histoire l'exposé de cette péripétie a donc une certaine importance, c'est pourquoi je crois utile de m'y étendre un peu, quoique n'y ayant aucun rôle et n'ayant pas assisté à ce tir.

A l'instant du tir, la galerie doit être fermée très hermétiquement. Pour obtenir cette obturation parfaite, selon une technique qui nous venait des Américains au Nevada, la galerie se terminait en spirale horizontale, enroulée sur elle même pour aboutir à la chambre de tir.
Lors de l'explosion, les roches avoisinantes prenaient un mouvement radial, créaient la cavité liée au tir tout en écrasant la spirale, et faisaient ainsi disparaître la galerie d'accès.
Bien sûr, un peu plus loin, hors de la zone effondrée, on disposait aussi des portes classiques.
Il s'est trouvé que, pour le tir qui a causé l'incident, un service scientifique avait fait creuser une galerie d'étude parallèle, de très petit diamètre, entièrement rectiligne, pointée comme un canon sur la bombe.
Il s'agissait d'étudier des neutrons ou des rayons gamma, dans quelque laboratoire à l'autre bout du tube.
Naturellement, une succession de portes étanches devait venir obturer le tube de mesure, à une cadence strictement dosée pour interdire tout échappement des gaz de l'explosion.

Mais à l'instant du tir quelque chose s'est trouvé inadéquat, les portes se sont brisées et le tube de mesure a craché un affreux nuage de fumée noirâtre qui portait les débris radioactifs de la cavité.
Mon petit service de détection avait 5 ou 6 personnes dans une petite baraque à 7 kilomètres de là.
Or, au moment d'un tir souterrain, il est fort intéressant d'examiner le paysage: l'onde de choc sismique puissante secoue la surface de la montagne, un nuage de poussière s'envole comme un brouillard, mais en quelques secondes retombe à terre, pour découvrir dans le soleil cette montagne de granit rose que j'évoquais plus haut.
L'ingénieur de ma petite équipe, avisé comme tout le monde de l'instant zéro, examinait aux jumelles ce spectacle féérique lorsque, quelques secondes plus tard, il voit sortir de la base même de la montagne un minuscule nuage tout rouge qui grossit rapidement.
Le nuage très chaud s'en vient à passer sur un dépôt de vieux pneus qui prirent feu aussitôt, ajoutant une âcre fumée noire à ce qui s'échappait de la montagne.

Le garçon se rend compte sur le champ que quelque chose d'anormal s'est passé. On connaît ses réflexes par un enregistrement fortuit sur un magnétophone qui avait été enclenché probablement pour enregistrer le « compte à rebours » servi par un haut parleur.
Se sentant responsable de son personnel, il a commencé par avertir tout le monde, ce qui est à son honneur.
Puis il a eu peur des conséquences, et a fait préparer un déménagement rapide.
Puis il s'est soucié de la hiérarchie qui n'avait encore rien remarqué. Ce retard est parfaitement normal: nos petits chefs, à l'instant zéro, étaient occupés par les personnalités (ministres, généraux).
C'est donc l'ingénieur du service Détection qui essaie de donner l'alarme, et le service de sécurité met du temps à l'accepter, cependant qu'un léger vent pousse le méchant nuage précisément sur les diverses équipes éparses.
Notre équipe Détection est prête à partir la première - les autres ne seront alertées que plus tard - mais, loin de l'autoriser à se replier vers la base vie, on lui donne l'ordre d'attendre, et il faut deux heures pour organiser la caravane dans l'ordre prévu. Ainsi le nuage menaçant arriva-t-il au gré du vent au beau milieu de la colonne des personnalités. Dans ces circonstances, le danger radioactif n'a rien eu de dramatique ni d'urgent [c'est faux, voir l'extrait d'un rapport du Sénat dans le message suivant].
Chacun a accepté la discipline sans s'éparpiller et le tout s'est déroulé sans désordre
[faux, ce fut la débâcle, le retour à la course vers les parkings, à qui arriverait le premier à un véhicule pour se sauver, sans attendre que les autres passagers du voyage aller ne soient arrivés].

Tout le monde a été ramené à la base vie, à une vingtaine de kilomètres. Cependant toutes les autorités, notamment le ministre Gaston Palewski, le général Ailleret et quelques autres ont reçu une dose maximum de 19 roentgens.
On les a traités avec des douches copieuses, des lavages d'estomac, des cheveux coupés très ras.
À ma connaissance personne dans ce lot spécialement exposé n'a subi d'atteinte quelconque [c'est encore faux].

Des documents d'origine américaine nous disent qu'à 600 rœntgens tout le monde meurt. Je tiens personnellement ce chiffre pour très exagéré, c'est la propagande qui l'a fixé ainsi.
On doit diviser par 5 les dégâts. A 600 rœntgens il y a un mort sur cinq peut-être, les autres ne sont pas très brillants sans doute, mais sur le moment peuvent encore saisir une mitraillette pour se défendre. [Yves Rocard n'est pas vraiment un humaniste... et ce qu'il dit est encore faux, pour une irradiation de 600 roentgens il y a plus de 50% de mortalité]

C'est en tout cas le seul incident sérieux à ma connaissance dans le déroulement de nos essais nucléaires.

Y a-t-il une morale à tirer de cette aventure ?
Le service de sécurité, dès qu'il a eu la révélation de quelque chose de louche, a pris le commandement. Or, s'il s'était consciencieusement préparé pour faire face aux suites d'un accident, il s'est trouvé pris au dépourvu par un accident en train de survenir, à la vitesse d'un vent léger porteur de contamination.
Au lieu du délai de deux heures de mise en colonnes, un « sauve qui peut » général aurait permis à nos ministres et généraux d'échapper aux méchants roentgens.
L'organisation, c'est bien, mais point trop n'en faut.

[Le titre du livre aurait dû être du genre Mémoire d'un vieux salaud donneur de leçons.]


Pour ceux qui s'inquièteraient des officiels irradiés je précise que Gaston Palewski est mort d'une leucémie et que le général Ailleret est mort dans un accident d'avion en 1968 à la Réunion, quand à Pierre Messmer il est mort dans son lit, plus fort que la mort celui-là...

saintpierremeister


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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Lun 19 Mar - 10:57

Et enfin, last but not least un extrait d'un rapport sénatorial sur l'accident nucléaire du 1er mars 1962 qui montre que même quand les politiques sont informés ils n'en ont rigoureusement rien à cirer, au nom de la raison d'État, bien sûr...Extrait de http://www.senat.fr/rap/r01-207/r01-2073.html#toc6


Citation :

L'accident Béryl (1er mai 1962)

Pour assurer le confinement de la radioactivité, le colimaçon était calculé pour que l'onde de choc le ferme avant l'arrivée des laves. Lors de la réalisation de cet essai, le 1er mai 1962, l'obturation de la galerie a été trop tardive. Une fraction égale à 5 à 10 % de la radioactivité est sortie par la galerie, sous forme de laves et de scories projetées qui se sont solidifiées sur le carreau de la galerie, d'aérosols et de produits gazeux formant un nuage qui a culminé jusqu'aux environs de 2600 m d'altitude à l'origine d'une radioactivité détectable jusqu'à quelques centaines de kilomètres.

Le nuage radioactif formé était dirigé plein Est. Dans cette direction, la contamination atmosphérique était significative jusqu'à environ 150 km, distance sur laquelle il n'y avait pas de population saharienne sédentaire. Localement, en revanche une contamination substantielle (induisant une exposition supérieure à 50 mSv) a touché une centaine de personnes.

Les conséquences sanitaires

La trajectoire du nuage est passée au-dessus du poste de commandement où étaient regroupées les personnalités (notamment deux ministres, MM. Pierre Messmer [Voir les mensonges de Messmer sur les actualités francaises du 16/05/1962] et Gaston Palewski) et le personnel opérationnel. Malgré le port du masque respiratoire et une évacuation rapide (entre H+2 minutes où le débit de dose était inférieur à 1 mGy/h et H + 8 minutes où le débit de dose était de 3 Gy/h), [il y a plus de 50% de mortalité pour une irradiation de 6 Gy!!] une quinzaine de personnes ont reçu un équivalent de dose de quelques centaines de millisieverts. L'irradiation a été essentiellement d'origine externe, les masques ayant été correctement utilisés.

Près de 2000 personnes participaient à la réalisation de cet essai. La répartition des résultats de la dosimétrie externe est résumée dans le graphique ci-dessous.


Répartition des résultats de la dosimétrie externe pour l'essai Béryl en fonction des intervalles de doses en mSv.

Neuf personnes situées dans un poste isolé ont traversé la zone contaminée après avoir, au moins temporairement, ôté leur masque. Dès leur retour en base vie (H+6), elles ont fait l'objet d'une surveillance clinique, hématologique (évolution des populations cellulaires sanguines) et radiologique (spectrogammamétrie, mesures d'activité dans les excrétats).

Les équivalents de dose engagée reçus par ces personnes ont été évalués à environ 600 mSv.

Ces neuf personnes ont été ensuite transportées à l'hôpital militaire Percy à Clamart pour surveillance et examens radiobiologiques complémentaires. Le suivi de ces neuf personnes n'a pas révélé de pathologie spécifique.

saintpierremeister qui s'en est sorti car loin du front...
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Lun 19 Mar - 13:11

Je tiens à te remercier saintpierre pour ses articles qui montrent les témoignages poignants de victimes de l 'essai nucléaire du 1er mai 1962. Je n'avais aucune connaissance des dessous cachés de cette affaire.

Comme tu l 'as dit toi meme, les médias ou les politiciens n 'en parlent quasiment plus et refusent d'assumer la responsabilité de la France. C'est quasi similaire à l'intervention de la France dans le génocide de Rwanda.


Ce qui est ironique dans cette histoire, c 'est que la France reproche aux Etats Unis de ne pas admettre leu violation des droits de l 'homme en Irak ( prison d 'Abou Gharib) , ou encore le manque de transparence dans la politique des pas du Sud.

Pronto.
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MessageSujet: Re: Vive la bombe.   Lun 19 Mar - 17:52

Je savais que l'on pouvait compter sur toi, mon cher Pierre. On a l'impression d'y être. C'est à se taper le cul par terre.

Rien à dire, parfait. Juste une réflexion pour prolonger l'information.

Je me dis que les répercutions sur les hommes de cet accident n'ont pas du être perdues pour tous le monde. Je dirais même que cela a du être une bénédiction pour ceux qui ont eu à recycler militairement les observations faites sur les malheureux qui étaient suivis dans les hôpitaux militaires.

Conclusion : il y a les gens qui comptent et que l'on retrouvent dans les encyclopédies, et ceux dont la souffrance anonyme est le parchemin sur lequel s'appuie la gloire des premiers.

Il n'y a pas 6 milliards d'être humains sur terre, tout au plus quelques milliers considérés comme tel.
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